Par quelle couleur commencer un coloriage
Cinq ordres que les gens utilisent réellement, et ce que chacun coûte. Il n’y a pas de bonne réponse : le choix est esthétique plutôt qu’optimal, et cela mérite d’être dit franchement.
La question se pose au tout début, devant une image entièrement blanche et une palette de vingt teintes, et elle se pose à nouveau chaque fois qu’une couleur est épuisée. Elle a l’air anodine. Elle décide pourtant de l’allure qu’aura l’image pendant les deux heures qui suivent, et donc en grande partie du plaisir qu’on prendra à la faire.
Autant l’annoncer tout de suite : il n’existe pas de réponse correcte. On peut classer les manières de faire et dire honnêtement ce que chacune coûte, mais aucune n’est meilleure, parce que ce qu’on cherche à optimiser n’est pas le même d’une personne à l’autre.
Cinq ordres que les gens utilisent réellement
Suivre l’ordre des numéros
Un, puis deux, puis trois. C’est l’ordre le plus simple à tenir, il ne demande aucune décision, et il garantit qu’aucune couleur ne sera oubliée. Son coût est que la numérotation d’une palette ne suit presque jamais une logique visuelle : elle est souvent ordonnée par fréquence d’apparition ou par proximité chromatique, jamais par ce qui ferait apparaître l’image dans un ordre satisfaisant. L’image se construit donc par plaques sans rapport les unes avec les autres, et reste longtemps illisible.
Du foncé vers le clair
C’est l’ordre qui rend l’image lisible le plus tôt, et de très loin. Les valeurs sombres portent la structure d’un dessin : les ombres, les contours épais, les masses. Une fois les trois ou quatre teintes les plus foncées posées, le sujet est déjà reconnaissable alors que la moitié des régions sont encore blanches. Le reste du travail se fait ensuite sur une image qui se tient debout.
Il y a un second avantage, plus technique. Une teinte très claire posée sur un fond blanc ne se voit presque pas : on a l’impression de ne rien faire, et on repère mal ce qui a déjà été rempli. Placer les claires en dernier, lorsqu’elles sont entourées de zones colorées, leur donne un contraste local qui les rend visibles. Le coût de cet ordre est nul ou presque, ce qui en fait le seul choix qu’on puisse honnêtement recommander comme point de départ.
Par nombre de régions
Certains commencent par la couleur qui compte le plus de régions, pour se débarrasser du gros du travail tant que la motivation est intacte. D’autres font exactement l’inverse et liquident d’abord les couleurs à trois ou quatre régions, ce qui raccourcit visiblement la palette et donne une impression d’avancement rapide.
Les deux se défendent, et ils coûtent la même chose : ils ignorent complètement l’aspect de l’image en cours de route. On avance selon un compteur, pas selon un dessin. Cela convient bien aux séances courtes et hachées, moins bien à une longue soirée où l’on regarde ce qu’on fait.
Par zone
On termine complètement un quart de l’image avant de passer au suivant. C’est l’ordre qui rend le travail le plus facile à interrompre : quand on repose l’appareil, la frontière entre le fait et le reste est nette, et on sait exactement où reprendre. C’est aussi l’ordre le plus coûteux en changements de couleur, puisqu’une zone contient presque toutes les teintes et qu’il faut donc revenir sans cesse au bandeau de palette.
Il devient nettement plus intéressant sur les motifs symétriques. Sur une rosace ou un mandala, terminer un secteur revient à en tenir un modèle : les autres secteurs se remplissent ensuite beaucoup plus vite, parce qu’on sait déjà où va chaque teinte. La symétrie transforme un coût en économie.
Ce qui donne envie
Le rouge parce qu’il est franc, le bleu parce que c’est le ciel, la couleur du visage parce qu’on veut voir apparaître le visage. C’est probablement la manière de faire la plus répandue, et il n’y a aucune raison de la traiter comme un pis-aller. Son seul coût est de laisser à la fin les couleurs dont personne n’avait envie, ce qui produit une dernière demi-heure moins agréable que le reste.
Il n’y a en réalité que deux coûts
Tous ces ordres se comparent sur deux dimensions seulement. Le premier coût est le nombre d’allers-retours vers la palette : travailler couleur par couleur le minimise, travailler zone par zone le maximise. Le second est la difficulté de trouver les régions d’une teinte donnée, qui augmente à mesure que l’image se remplit et que les régions restantes rapetissent.
Un ordre optimal existe donc, au sens strict : celui qui minimise le temps total. Il consisterait à traiter les couleurs de la plus fréquente à la moins fréquente, en balayant chaque fois l’image de gauche à droite. Personne ne fait cela, et il n’y a aucune raison de le faire, parce que ce n’est pas le temps total qu’on cherche à réduire quand on colorie. C’est le genre d’optimisation qui répond parfaitement à une question que personne ne se posait.
Le seul conseil qui tienne
S’il fallait n’en retenir qu’un : si la séance risque d’être interrompue, terminer une couleur plutôt qu’une zone. Une couleur achevée est un point d’arrêt propre — on sait qu’on n’y reviendra pas, et le bandeau s’est raccourci d’une pastille. Une zone interrompue au milieu laisse un état qu’il faut reconstituer mentalement en revenant, ce qui est justement le moment où l’on est le moins disposé à faire un effort.
Pour le reste, l’ordre relève du goût, et il peut parfaitement changer en cours de route ou d’une image à l’autre. Personne ne vérifie, et une image faite dans le désordre ne se distingue en rien, une fois terminée, d’une image faite méthodiquement.
Questions fréquentes
Vaut-il mieux commencer par les couleurs foncées ou les claires ?
Par les foncées, si l’on veut une seule règle. Les valeurs sombres portent la structure du dessin et le rendent reconnaissable très tôt, et les teintes claires posées sur un fond encore blanc sont difficiles à distinguer, alors qu’elles ressortent bien une fois entourées de zones déjà colorées.
Faut-il finir une couleur avant d’en changer ?
Ce n’est obligatoire dans aucune conception, mais cela réduit fortement le nombre d’allers-retours vers la palette et offre des points d’arrêt nets. C’est surtout utile quand la séance risque d’être interrompue, puisqu’une couleur achevée ne demande aucun effort de reprise.
L’ordre choisi change-t-il le résultat final ?
Pas du tout : l’image terminée est identique quel que soit le chemin suivi. L’ordre ne change que l’expérience en cours de route, c’est-à-dire à quel moment l’image devient lisible, combien de fois on retourne au bandeau, et quelles couleurs restent pour la fin.
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