Pourquoi les numéros disparaissent quand on dézoome
Rien n’est cassé. Un chiffre a besoin d’une hauteur minimale en pixels pour être lisible, et à l’échelle de la vue d’ensemble la plupart des régions ne peuvent pas l’accueillir. Les dessiner quand même rendrait l’image moins lisible, pas plus.
On agrandit une zone, les numéros sont là, bien nets dans chaque région. On revient à la vue d’ensemble pour se repérer, et ils ont disparu — remplacés par des points, ou par rien du tout. La réaction naturelle est de chercher un réglage qui les aurait éteints. Il n’y en a pas à chercher : ce comportement est délibéré, et il découle d’une contrainte assez simple à énoncer.
Un chiffre a une hauteur minimale
Un caractère n’est pas lisible en dessous d’une certaine taille en pixels. En pratique, sur un écran, un chiffre a besoin d’une dizaine de pixels de hauteur pour rester identifiable sans effort — moins pour reconnaître qu’il y a quelque chose d’écrit, davantage pour distinguer avec certitude un trois d’un huit ou un six d’un cinq, qui ne diffèrent que par de fins détails de boucle.
Rapporté à la taille physique, sur un téléphone dont l’écran compte quelques centaines de pixels par centimètre, cela représente environ un millimètre et demi à deux millimètres de hauteur. C’est le plancher, tous appareils confondus, et il ne dépend d’aucun choix logiciel : il dépend de l’acuité visuelle et de la géométrie des chiffres.
À cette hauteur il faut encore ajouter une marge, sans quoi le chiffre touche le contour de sa région et devient illisible pour une autre raison. Une région doit donc offrir sensiblement plus que la hauteur du chiffre pour pouvoir l’héberger correctement.
Ce que la vue d’ensemble laisse à chaque région
Reprenons une image de deux mille pixels de côté affichée en entier sur une zone de dessin d’environ mille pixels. Le facteur d’échelle est de un demi. Une région qui mesure vingt pixels de large dans l’image d’origine n’occupe plus que dix pixels à l’écran : elle ne peut accueillir aucun chiffre lisible, marge comprise.
Or dans un dessin un peu détaillé, la grande majorité des régions sont de cet ordre ou plus petites. Seules les quelques grandes surfaces — un ciel, un mur, un fond — restent assez larges. Si l’on affichait les numéros en vue d’ensemble, on obtiendrait donc quelques chiffres épars sur les zones qui n’en ont aucun besoin, et rien du tout là où le travail se concentre. Le contraire exact de ce qu’on voudrait.
Pourquoi ne pas les dessiner quand même
L’idée de les afficher plus petits, quitte à ce qu’ils soient à la limite du lisible, semble raisonnable jusqu’à ce qu’on regarde le résultat. Des milliers de chiffres minuscules recouvrent une part importante de la surface du dessin. Le motif lui-même devient illisible : on ne voit plus les formes, on voit un bruit typographique.
Il y a pire. Quand des caractères sont serrés les uns contre les autres, ils deviennent nettement plus difficiles à lire que le même caractère isolé, même à taille égale. Ce phénomène d’encombrement visuel est bien connu et il est particulièrement brutal en vision périphérique, c’est-à-dire exactement dans le mode de lecture qu’on utilise en balayant une vue d’ensemble. Des chiffres denses ne sont donc pas seulement petits : ils sont mutuellement illisibles.
Le calcul est vite fait. On échange un ensemble de chiffres qu’on ne pourrait de toute façon pas lire contre la lisibilité du dessin, qui est la seule chose que la vue d’ensemble sert à donner. Les effacer est le bon choix, et la plupart des conceptions le font.
Deux modes, deux usages
Il est plus juste de considérer qu’il existe deux modes de regard, avec des fonctions différentes. La vue d’ensemble sert à se repérer : voir ce qui est fait, ce qui ne l’est pas, décider où aller, apprécier l’image. La vue agrandie sert à exécuter : lire les chiffres, viser, poser. Chercher à lire des numéros en vue d’ensemble revient à demander à un mode de faire le travail de l’autre.
Les seuils exacts et les solutions intermédiaires varient. Certaines conceptions font apparaître les chiffres progressivement à mesure que le zoom augmente, région par région, dès que chacune atteint la taille suffisante. D’autres remplacent le chiffre absent par un petit point, ou par une teinte pâle indiquant la couleur attendue, ce qui donne un repérage grossier sans encombrer. D’autres encore n’affichent que les numéros de la couleur sélectionnée, ce qui divise la densité par le nombre de teintes et rend l’affichage possible à des échelles plus réduites.
Aucune de ces solutions ne contourne la contrainte de base, elles la contournent en changeant la question : puisqu’un chiffre lisible ne tient pas dans une petite région à cette échelle, il faut soit réduire le nombre de chiffres affichés, soit remplacer le chiffre par une information qui tient en moins de place. Le plancher de lisibilité, lui, ne bouge pas.
Questions fréquentes
Peut-on forcer l’affichage permanent des numéros ?
Certains affichages proposent un réglage, mais le résultat est rarement utilisable : à l’échelle de la vue d’ensemble, les chiffres seraient trop petits pour être lus et assez nombreux pour recouvrir le dessin. La contrainte de hauteur minimale d’un caractère ne se contourne pas par une option.
Pourquoi certains numéros restent-ils visibles et d’autres non ?
Parce que le critère est appliqué région par région. Une grande surface conserve la place nécessaire à un chiffre lisible même en vue réduite, tandis que ses voisines plus petites ne l’ont plus. C’est pour cela que les chiffres restants sont toujours ceux des zones les moins détaillées.
À quel niveau de zoom les numéros reviennent-ils ?
Il n’existe pas de valeur universelle, car le seuil dépend de la taille des régions dans l’image et de la densité de pixels de l’écran. En pratique, ils réapparaissent dès que la région atteint à peu près deux millimètres de hauteur à l’écran, marge comprise, ce qui arrive plus tôt sur une tablette que sur un téléphone.
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