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Colorier par numéros d’une seule main sur un téléphone

Debout dans un train, une main sur la barre : ce que le pouce atteint n’est pas un rectangle, c’est un arc. Le coin haut opposé est le pire endroit de l’écran, et la solution est de déplacer l’image plutôt que la main.

La situation est banale : debout dans un RER bondé, une main sur la barre, l’autre tient le téléphone et doit tout faire — le tenir, le déplacer, viser. Ce n’est pas la même activité que dix minutes assis à une table, et la différence ne tient ni à la concentration ni à l’adresse.

Elle tient à une géométrie. Une main qui tient un téléphone et le manipule en même temps ne dispose pas de l’écran entier : elle dispose d’une portion de l’écran, dont la forme est parfaitement prévisible.

Le pouce ne balaie pas un rectangle, il balaie un arc

Quand le téléphone repose dans la paume, la base du pouce se trouve à peu près au niveau du bord inférieur de l’appareil, du côté de la main qui tient. Le pouce pivote autour de ce point. Ce qu’il peut atteindre sans que la main bouge est donc un secteur circulaire : un arc dont le rayon vaut la longueur du pouce, et une bande confortable un peu en deçà de ce rayon.

Concrètement, la zone facile occupe le bas de l’écran et remonte en diagonale vers le côté opposé, en s’amincissant. Le centre bas est confortable ; le milieu de l’écran est atteignable ; le bord supérieur du même côté que le pouce demande déjà de replier la main.

À cela s’ajoute une contrainte de précision. La pulpe d’un doigt fait environ huit à dix millimètres de large, et un pouce tendu au maximum de son arc est à la fois moins stable et présenté plus à plat, donc sa surface de contact est encore plus grande. La précision se dégrade précisément là où l’on force.

Pourquoi le coin haut opposé est le pire endroit de tout l’écran

Le coin supérieur du côté opposé au pouce — en haut à gauche pour un droitier — cumule tous les défauts. Il est le point le plus éloigné de l’axe du pouce ; sur un téléphone de six pouces et demi, il est simplement hors d’atteinte sans repositionner l’appareil dans la main. Or repositionner un téléphone d’une main, debout, dans un véhicule qui freine, c’est le moment exact où on le fait tomber.

Il y a un second défaut, moins évident. Pour atteindre ce coin, la main traverse l’écran : au moment où le pouce arrive sur la cible, l’avant-bras et la paume cachent une bonne moitié de l’image, y compris souvent le chiffre que l’on voulait lire. On vise donc à l’aveugle un endroit que l’on atteint mal.

La plupart des systèmes mobiles proposent un mode à une main qui fait glisser tout l’affichage vers le bas pendant quelques secondes. C’est utile pour appuyer une fois sur un bouton en haut de l’écran, beaucoup moins pour colorier, parce qu’il faut le redéclencher sans arrêt et qu’il réduit la surface visible.

Déplacer l’image, pas la main

La solution tient en une inversion. L’écran est fixe, mais l’image ne l’est pas. Plutôt que d’amener le pouce jusqu’à la zone, on amène la zone jusqu’au pouce : on fait glisser le dessin pour que la cible arrive dans le bas de l’écran, puis on appuie sans effort.

En pratique, cela revient à alterner deux gestes de nature très différente. Le glissement est un geste grossier, ample, qui tolère très bien les secousses d’un train ; l’appui est un geste précis, qui ne les tolère pas du tout. En faisant le gros du déplacement avec le geste tolérant, on réduit le geste fragile à un simple contact au repos.

La manière de déplacer le canevas varie selon les applications, et cela vaut la peine d’être vérifié une fois pour toutes, tranquillement, avant d’en avoir besoin. Certaines font glisser l’image à un doigt dès qu’on est zoomé ; d’autres réservent le déplacement à deux doigts, ce qui est impossible d’une main et rend la situation debout franchement pénible. C’est le genre de détail qui décide si une application est utilisable dans les transports.

Zoomer plus qu’on ne le croirait nécessaire

À une main, il faut zoomer davantage qu’assis à une table. Le raisonnement est arithmétique : la tolérance d’une cible croît proportionnellement au grossissement. Une zone de trois millimètres à l’échelle « image entière » en fait douze à un grossissement de quatre, ce qui repasse largement au-dessus de la largeur d’une pulpe de pouce.

Le coût est réel : on voit moins d’image à la fois, donc on déplace plus souvent. Mais on vient de voir que le déplacement est le geste facile. L’échange est donc favorable, exactement à l’inverse de ce qu’on ferait sur une tablette posée à plat.

Ce que le train ajoute par-dessus

Reste la question des erreurs, inévitables dans ces conditions. Ce qui se passe quand on remplit la mauvaise zone dépend entièrement de la conception : dans certains cas rien ne se produit et l’appui est ignoré, dans d’autres la couleur est posée mais annulable, dans d’autres encore l’erreur est enregistrée et comptée. Il vaut mieux le découvrir un dimanche après-midi que debout dans un wagon.

Au fond, l’usage à une main ne demande pas plus d’habileté, il demande une autre organisation du geste : un canevas mobile, un pouce qui reste chez lui, et l’acceptation qu’une partie de l’écran ne sera tout simplement pas utilisée.

Questions fréquentes

Le mode paysage aide-t-il quand on n’a qu’une main ?

Rarement. En paysage, la largeur à couvrir augmente alors que le rayon du pouce reste le même, et l’appareil devient moins stable dans la paume. Le seul cas où cela se défend est un téléphone tenu à deux mains posé sur une tablette de train, ce qui n’est plus vraiment de l’usage à une main.

Faut-il un support ou une bague au dos du téléphone ?

Une bague ou une lanière change surtout le risque de chute, pas la portée du pouce, puisque le pivot reste au même endroit. Elle permet en revanche de tenir l’appareil plus bas dans la paume sans crainte, ce qui agrandit un peu l’arc utile. C’est un confort, pas une solution au problème de géométrie.

Vaut-il mieux zoomer beaucoup ou travailler à l’image entière ?

À une main, il vaut mieux zoomer nettement plus qu’assis. Le grossissement agrandit la tolérance de visée dans la même proportion, et le déplacement de l’image, qui est le geste ajouté en échange, est justement celui qui supporte le mieux les secousses d’un véhicule.

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