Colorier pendant les trajets
Un trajet, c'est quatre contraintes précises : ça bouge, on n'a qu'une main, ça se termine sans prévenir, et sous terre il n'y a pas de réseau. Comment un coloriage par numéros répond à chacune — y compris là où il ne répond pas.
Le trajet quotidien est un créneau bizarre : suffisamment long pour qu'on veuille en faire quelque chose, trop instable pour la plupart des choses qu'on voudrait en faire. Lire demande une main et une posture, écrire en demande deux, un jeu nerveux demande une régularité de geste que la voiture d'un TER ne fournit pas. Le coloriage par numéros y est souvent cité, et pas seulement par paresse de trouver autre chose : il se trouve qu'il répond correctement à trois des quatre contraintes du lieu.
Ces quatre contraintes valent la peine d'être énoncées séparément, parce que chacune a sa propre réponse, et parce que la quatrième n'a pas de réponse entièrement satisfaisante.
Un : ça bouge
Voilà la raison de fond pour laquelle cette activité tient debout dans un train. La cible d'un coloriage par numéros est une surface, pas un trait. Rien n'est à suivre, aucune ligne n'est à rester dedans, aucune trajectoire n'est notée. Un geste approximatif au milieu d'une zone donne exactement le même résultat qu'un geste parfaitement centré : la zone se remplit entièrement, d'un coup, et le résultat est identique. Comparé à tout ce qui exige un tracé continu, l'écart de tolérance aux secousses est énorme.
La tolérance n'est cependant pas infinie, et elle se casse à un endroit précis : le cahot qui survient pendant le contact. Un décalage de trois millimètres au moment où le doigt touche déplace le point calculé de trois millimètres, ce qui, sur un motif dense affiché en entier, peut représenter plusieurs dizaines de zones. La parade est simple et purement physique : agrandir l'image, de sorte qu'une même erreur en millimètres corresponde à moins de zones, et caler l'avant-bras contre le corps plutôt que de tenir le téléphone en l'air. Un bras appuyé subit les mêmes secousses que le téléphone et se déplace avec lui ; un bras tendu, non.
Deux : une main, au mieux
Debout, une main tient la barre. Assis avec un sac sur les genoux, une main tient le sac. Le pouce devient donc le seul outil disponible, et un pouce ne balaie pas un rectangle : il balaie un arc, dont le centre est l'articulation à la base de la main. Sur un grand téléphone, le coin supérieur opposé au pouce se trouve hors de cet arc, ce qui est précisément l'endroit où l'on tend la main, où la prise se relâche, et où l'appareil manque de tomber.
La réponse tient en une phrase : déplacer le dessin plutôt que d'aller le chercher. Faire glisser l'image pour amener la zone visée dans la zone confortable du pouce coûte un geste de plus mais supprime l'étirement. C'est une habitude qui s'installe en deux trajets et qui change complètement le confort debout.
Trois : la fin arrive sans prévenir
Une station approche, la rame ralentit, et il faut se lever. C'est ici que la structure de l'activité rend son meilleur service : l'unité de travail est une zone, c'est-à-dire environ deux secondes. On peut arrêter n'importe quand sans rien laisser en suspens, sans partie perdue, sans niveau à reprendre depuis le début, sans avoir à retenir où l'on en était d'un raisonnement. On range le téléphone, et il ne se passe rien.
Ce serait toutefois malhonnête de présenter cela comme une garantie de sortie facile. L'activité ne prévient pas non plus : rien ne signale que la station arrive, et il n'existe pas de moment naturel où l'on se dit qu'on a fini. Le compteur de zones restantes baisse en permanence, ce qui donne toujours une raison de faire une zone de plus — y compris trois secondes avant l'ouverture des portes. La seule parade réelle est de garder les dernières minutes pour des zones larges et faciles, celles qu'on peut abandonner sans le sentiment d'avoir laissé un travail au milieu.
Quatre : sous terre, il n'y a pas de réseau
C'est la contrainte où la réponse dépend entièrement de l'application choisie, et où il faut donc parler de la catégorie plutôt que d'un cas particulier. Le remplissage lui-même est un calcul local : comparer un numéro, écrire un état, redessiner l'image. Rien là-dedans n'a besoin d'un serveur, et une application de coloriage n'a aucune raison technique de fond de dépendre du réseau pour cette partie.
Le réseau entre en jeu ailleurs, et de trois façons : télécharger une image nouvelle, afficher de la publicité, synchroniser un compte. Une application qui affiche une publicité entre deux images se bloquera dans un tunnel non pas parce qu'elle colorie mal, mais parce qu'elle attend une réponse qui n'arrive pas. C'est la déception la plus fréquente dans cette situation, et elle n'a rien à voir avec le coloriage.
La précaution pratique est donc unique et vaut pour toutes : charger l'image qu'on veut faire avant de descendre, sur le réseau domestique, et ne pas compter sur le tunnel pour en choisir une nouvelle. Une image commencée en surface se continue sans difficulté en dessous.
Là où ça ne marche pas
Restent des situations où il vaut mieux ranger le téléphone. Une rame bondée où l'on est debout sans point d'appui laisse rarement le doigt libre. Un bus sur une route sinueuse pose un problème différent et bien connu : regarder de près un objet fixe pendant que le corps est secoué provoque chez beaucoup de gens un malaise, et aucun réglage d'application n'y change quoi que ce soit. Enfin, un motif très dense choisi pour la maison devient franchement pénible sur un trajet cahoteux, alors que la même durée passée sur une image à grandes zones se déroule sans effort.
Le choix de l'image compte donc autant que le choix de l'activité. Et si le trajet ne s'y prête pas ce jour-là, ne rien faire du tout reste une option parfaitement recevable.
Questions fréquentes
Est-ce jouable debout dans un train bondé ?
C'est possible avec une main si l'autre tient une barre, à condition de faire glisser l'image vers la zone que le pouce atteint sans effort plutôt que de tendre la main vers le coin opposé. En revanche, sans aucun point d'appui, la question ne se pose pas vraiment : la main sert à tenir. Une image à grandes zones passe beaucoup mieux debout qu'un motif dense.
Faut-il du réseau pour colorier dans le métro ?
Le remplissage lui-même est un calcul local et n'a pas besoin d'un serveur. Ce qui réclame du réseau, selon les applications, c'est le téléchargement d'une image nouvelle, l'affichage de publicité et la synchronisation d'un compte. La précaution qui règle le problème est de charger l'image avant de descendre plutôt que d'en choisir une sous terre.
Les secousses font-elles rater les zones ?
Un geste approximatif au milieu d'une zone donne le même résultat qu'un geste centré, donc les vibrations ordinaires ne posent pas de problème. Ce qui en pose, c'est un cahot pendant le contact : quelques millimètres de décalage peuvent représenter plusieurs dizaines de zones sur un motif dense affiché en entier. Agrandir l'image et caler l'avant-bras contre le corps supprime l'essentiel de l'erreur.
Essayer sur une vraie toile
Numbrush est un coloriage par numéros pour adultes : mandalas, rosaces et entrelacs géométriques, douze couleurs par planche, une loupe pour les endroits étroits, et aucune sanction si le doigt tombe à côté. Gratuit, hors ligne, sans publicité ni compte.